Les bagnes anglais : les pontons
Article mis en ligne le 17 juin 2021
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Les Pontons

Ces prisons flottantes utilisées principalement fin XVIIIe et début XIXe étaient de véritables mouroirs. De vieux navires démâtés, ancrés au bord des côtes, servaient à concentrer, voire à éliminer des prisonniers. Ils ont été utilisés par les révolutionnaires français pendant la Terreur, et surtout par les Anglais (Cadix, Plymouth …) pour garder les marins français.
Dans le second tome des Passagers du vent, Isa nous rappelle les « avantages » de ce genre de geôle : « Oh ! Je connais ses arguments ! Economie de matériaux, les vieux vaisseaux n’étant pas à construire ! Economie de nourriture, les détenus ne survivant pas longtemps dans l’air putride des vasières ! Economie de soldats, la surveillance étant grandement facilitée par l’environnement marin ! Et enfin, et surtout, les insulaires sont ainsi préservés contre d’éventuelles épidémies pouvant être propagées par la racaille d’Outre-Manche ! … » (page 53 de l’Intégrale) ;

On peut aussi consulter le témoignage de Louis GARNERAY, qui y croupit 8 ans : « Je regardais, avec le désespoir au cœur, pendant que le Transport-Office nous conduisait à son bord, ce sombre tombeau dans lequel, enterré vivant, je devais voir s’écouler ma jeunesse ; mon imagination soulevait les épaisses murailles de bois, me montrait les visages flétris et désolés des infortunés qu’il renfermait dans son sein ; mais, hélas ! mon imagination était bien loin encore, comme je pus m’en convaincre quelques minutes plus tard, d’atteindre à la hauteur de la réalité. […] Les deux extrémités du ponton étaient occupées par les Anglais chargés de la garde des prisonniers ; le derrière était spécialement consacré au lieutenant commandant le vaisseau, aux officiers, à leurs domestiques et à quelques soldats : le devant ne contenait que des troupes. Une forte séparation, faite au moyen de planches très solides et très épaisses, existait entre le logement des Anglais et celui des malheureux captifs ; cette cloison, pour surcroît de précaution, était garnie d’une grande quantité de clous à têtes larges, serrés les uns contre les autres, ce qui constituait à peu près comme une muraille de fer. Des meurtrières pratiquées de distance en distance permettaient aux Anglais, en cas de révolte ou d’émeute de notre part, de tirer sur nous à bout portant et sans courir le moindre danger. C’était dans cet espace resserré que nous étions logés au nombre d’à peu près sept cents ! … » (Captivité de Louis Garneray : neuf années en Angleterre ; Mes pontons, 1851 – Cf. l’archive

Enfin, voici ce qu’en disent les frères d’Arvor : « Londres, 1793 – L’Angleterre est irritée, le mot est faible. L’offensive lancée par le Comité de salut public ne peut rester sans réponse ni punition. Un député, ultraconservateur, âgé d’à peine 23 ans et récemment élu, propose un châtiment exemplaire : « Punissons nos ennemis quand ils seront entre nos mains ! Réduisons-les à la famine en les enfermant sur nos vieux navires désaffectés … » […] Portsmouth, 1794 – Un vieux vaisseau démâté, retenu par des amarres, ancré à la file de huit autres prisons flottantes, à l’entrée de la rivière de Porchester. Des centaines de marins français, à peine recouverts de haillons en lambeaux, attendant d’être embarqués, chaînes aux pieds. Alors qu’on tente de les faire monter à bord, un médecin anglais s’interpose : « Ces hommes ont la fièvre, ils ne résisteront pas. » […] Ce sont les rescapés de la flotte française, celle commandée par Villaret-Joyeuse, celle qui vient d’être écrasée par lord Howe. Il n’y a plus de marine française. […] « Nous te passons l’horreur quotidienne de notre vie, les aspersions forcées de nos geôliers à l’aide de pompes à incendie, le scorbut et le typhus [Scorbut : maladie due à une carence alimentaire, surtout en vitamine C, qui se traduit par un déchaussement dentaire, des hémorragies puis la mort. Il a été mis en évidence lors des premières grandes explorations maritimes et a sévi jusque fin XIXe. Cf. Gilbert BUTI, Marins provençaux et scorbut. Vaincre la "peste de mer" à Toulon au XVIIIe siècle, pages 327/ 343, dans Provence historique, tome 55, fascicule 221, 2005 … Typhus : « Depuis la Renaissance, la maladie est associée à la misère humaine, en situation de promiscuité en milieu froid et humide, où des groupes humains sont obligés de garder les mêmes vêtements, jour et nuit, pendant des semaines ou des mois. La plupart des appellations se réfèrent à des conditions de confinement en sous-alimentation et sans hygiène possible : typhus des prisons, typhus ou fièvre des camps, des navires, de famine, etc. La découverte du rôle du pou de corps a permis, par des mesures d’hygiène bien ciblées, de prévenir ou d’arrêter une épidémie débutante de typhus, à partir des années 1910. Le pou de corps vit caché dans les vêtements (surtout de laine où il peut s’accrocher facilement). Il ne les quitte que pour aller se nourrir sur la peau de son hôte. Il est résistant au grand froid et à la forte chaleur. La prévention du typhus est donc une hygiène du corps et des vêtements … Cf. Jean DHOMBRES, La Bretagne des savants et des ingénieurs, 1750-1825, Ouest-France 1991 » merci Wiki !]. Quant à notre carré, il est garni d’une grande quantité de clous à têtes larges, serrés les uns contre les autres, ce qui constitue une muraille de fer. Des meurtrières pratiquées de distance en distance permettent aux Anglais, en cas de révolte de notre part, de tirer sur nous à bout portant. […] Nous sommes entassés par 72 de front sur 10 de hauteur dans des cachots étroits, sans air, et où filtre sans cesse une eau fétide. La paille qui nous sert de lit n’a jamais été renouvelée, ce n’est plus qu’un fumier humide … »
(pages 195/ 198 de Pirates et corsaires d’Olivier et Patrick Poivre d’Arvor, Editions Mengès – Place des Victoires 2004) …

Ci-dessous quelques planches extraites de la BD "Les Passagers du vent" de François BOURGEON





COPYRIGHT Les Passagers du vent (Intégrale tomes 1 à 5) de François BOURGEON, chez Delcourt 2019 - pages 51 ; 53 ; 60 ; 64.



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